des messages de Haïti et du Mali
Voici un message de Junior venu de Haïti pendant le colloque:
"nous sommes effectivement, Kenny et moi, retournés en Haïti et nous sommes à la fois heureux et tristes! Heureux car avouons-le franchement notre soleil commençait à nous manquer. Mais tristes aussi car après avoir fait des rencontres aussi formidables, comme votre groupe entre autres... Nous aurions voulu rester indéfiniment ou du moins partir avec une certitude de retour à n'importe quel moment qui nous aurait convenu, mais hélas la réalité est toute autre...Nous essayons tant bien que mal de reprendre nos activités et habitudes d'avant avec une petite pincée de "blues" de temps en temps. Vous nous avez terriblement marqués tant sur le plan personnel que théâtral et nous en avons longuement discuté: votre méthode, votre rigueur. Beaucoup de choses enfin. J'espère de tout coeur vous revoir car c'est l'un des moments les plus magiques qu'il nous a été permis de passer dans notre vie: avec vous!"
Et voici des nouvelles de Drissa qui avait joué avec nous dans "le fripon divin":
"Je suis à Bamako depuis 2 jours. J'étais coincé à Gao, heureusement j'ai pu sortir mais d'une manière catastrophique. Seulement 2 à 3 complets en abandonnant nos affaires sur place. Ils ont tout pillé. Le plus important c'est qu'on est vivant. C'est la galère totale. J'ai perdu 7 kgs rn une semaine. Il n'y a plus rien à Gao, plus à manger, l'eau du robinet n'est pas traitée, plus aucune structure sanitaire. Voilà à quoi ressemble ma vie.
Et Adama TRAORE,didecteur de la Compagnie Acte VII et du Festival du tréâtre des réalités nous dit de bien voter dimanche, que c'est une chance d'être en démocratie; F. DORGAMBIDE
c'était en novembre
Toujours pas de nouvelles de nos amis syriens.
Quelques moments du "Farfadet ou les tribulations d'un opérateur culturel du Mali"

"Au Mali, dans les années 80, quand un artiste voulait bousculer les habitudes..."

"le farfadet a un projet: je voudrais créer un festival"
"Il ne reste que... les partenaires potentiels à trouver"

"la promesse est une couverture bien épaisse mais qui s'en couvre grelottera au grand froid"

"Quand on coupe les oreilles, le cou devrait s'inquiéter"

"Que les dieux de la scène t'accompagne, que les trois caïmans veillent sur toi, festival du Théâtre des Réalités, espace de liberté, exutoire de nos angoisses, au prix de tant de sacrifice, tu es bâti, flambeau pour déchirer les ténèbres"
une pensée pour nos amis Syriens
Je m'inquiète; je pense à tous nos amis Syriens que nous avions connus lors de nos passages à Alep.
Nous étions invités à jouer dans le cadre de la semaine de la Francophonie.
Pendant nos moments de liberté, ils nous ont fièrement fait visiter la citadelle construite au XIII ème siècle par un des enfants de Saladin, découvrir le souk (un des plus grand et plus beau du monde arabe),il nous ont aussi parlé du lent voyage du codex dont les pages ont été acheminées secrètement jusqu'à Jérusalem de 1957 jusqu'à 1995. Et aussi dans les environs d'Alep, le Sanctuaire de Saint-Siméon datant du Vème siècle (alors que nos église romanes les plus anciennes datent du XII ème), le temple d'Aïn Dara du IXème siècle avant J.C.; je révais à la grandeur des dieux et déesses de cette époque devant les empreintes gigantesques de pied à l'entrée du temple.
Et partout, à tout moment, la présence policière. Eux, étaient habitués, en riaient. Moi, j'avais peur.
Où êtes-vous, amis Syriens, vous si fier de votre pays, de votre histoire.
Je pense à vous.
Françoise DORGAMBIDE

souvenirs salés,sucrés
C'est le printemps et donc je fais le vide, je jette parfois avec regret; toute l'histoire de la compagnie, nos efforts, nos doutes et aussi les moments d'exhaltation, et la lutte jour après jour lorsqu'il fallait tout faire(comme on dit): les répétitions bien sûr, mais aussi la vente, les rendez-vous et... passer le balai.
Un rendez-vous justement dont je retrouve le compte-rendu: c'est le lundi 17 juin 1985, Je suis avec Domimique BURUCOA alors directeur du Centre Culturel du Pays Basque (devenu plus tard Scène Nationale) et en présence de Daniel LANDART.
Dominique me demande des renseignements sur la troupe (qui est toute jeune car elle a 4 ans d'existence) et sur les divers financements dont nous bénéficions; Je pense que j'ai alors ricané intérieurement et j'ai répondu que les subventions dont nous bénéficions (ha! ha!) ne nous permettait pas de vivre ni même de survivre, que l'essentiel de nos ressources provenait de notre travail et de la vente des spectacles et des tounées que nous organisions. Et j'ai parlé de la maigreur de l'aide du Centre Culturel.
Puis Dominique s'est étonné de l'importance du budget pour la création des "oiseaux" (Aristophane). J'ai répondu que évidemment nous dépensions moins que prévu et que dans la situation dans laquelle nous nous trouvions les salaires n'étaient pas en proportion du temps de travail.
Voilà un aperçu de notre folle jeunesse.
Françoise DORGAMBIDE
Les passeurs de flamme
Lettre ouverte aux passeurs de flammes
C'est la joie que l'on voit en premier. Quand les élèves, de tous âges, arrivent en cours de théâtre, il y a un sourire sur tous les visages. Le corps se détend. Bien sûr , le sourire passera, il va se raidir plus tard , dans le passage à la parole, à l'action , à la mémorisation, à la recherche d'une émotion mais là, maintenant , à l’orée du cours c’est , en premier lieu, le sourire qui arrive sur scène. Le rire n’est pas loin, tapi dans les coulisses d’un texte que l’on apprend et le fou rire se pressent quand l’écart est trop grand. Pourtant, n’allez pas conclure de façon hâtive que faire du théâtre rend heureux ! Non ! Monter sur scène, dire un texte, chauffer sa voix, parler fort, donner de l’espace à son corps, inventer un personnage, vivre des émotions inconnues ne rend pas forcément heureux…Tout cela dérange et provoque du désordre.
En fait, à l’origine, le théâtre c’est d’abord le chaos.
Alors , à vous les enseignants de théâtre*, les formateurs, les stimulateurs, les provocateurs, à vous les passeurs de flamme, les défricheurs de voies et de voix, j’ouvre cette lettre et, dans le même mouvement, ma réflexion et mes questions.
« Au théâtre ce sont des projets que l'on monte , c'est une construction, analyse une jeune élève du Conservatoire. Peu de discipline permette à des gens de construire un personnage, une scène, une pièce, et c'est important de se sentir constructeur de quelque chose de sa vie. Et de ce qu'on fait dans sa vie. Je pense que le théâtre nous permet cela. Il faudrait l'enseigner ; que ce soit accessible à tout le monde.. ». Construire ! Comme ce verbe est essentiel à l’adolescence…
Vous avez choisi la construction sur du solide. Tant pis s’il n’y a pas de séduction. Les textes ne sont pas forcément faciles mais les élèves les choisissent en plein accord. Se confronter fait partie du jeu. Les règles font partie de cette liberté que vous allez proposer . Vous choisirez des détours pour que la peur n’étreigne pas les voix , les gestes et les corps. Vous êtes très attentifs, mine de rien, aux réserves, aux retenues qui habitent ces élèves qui se lancent pour la première fois sur l’espace immense d’une scène. Vous avez demandé aux autres, voyeurs merveilleux, que leur regard ne soit pas sévère mais porteur. Que les remarques soient dites avec sympathie. Sympathie : souffrir avec. Mais aussi s'ouvrir ensemble. Vous mettez en place une mise en confiance collective , une énergie...Vous voulez que chacun, petit ou grand, timide ou déluré, fasse l’expérience du centre de gravité, du vide qui se met à l’œuvre, pas à pas puis mot à mot. Vous désirez, sans forcément vouloir à tout prix, que chacun se saisisse de ce moment unique de l’altérité. Vous voulez les « mettre en aventure » vers cet ailleurs de soi. « Je est un autre » écrivait Arthur Rimbaud depuis Charleville, dans sa lettre à Georges Izambard du 13 mai 1871. Presque un siècle et demi plus tard, c’est avec la patience des chercheurs d’ors dans les rivières de l’Ouest américain, que vous passez au tamis les phrases, les postures et les silences de vos élèves; que vous recommencez « vingt fois sur le métier », l'oeuvre et l'ouvrage; que vous répétez pour que le mot s’inscrive à l’intérieur , pour que « ça » change en dedans et que cela se voit en dehors. Pour que de minuscules petits riens arrivent à faire un grand Tout : ce personnage créé et non plaqué. Vous avez cette ténacité pour tous les âges ( et parfois les enfants sont distraits, remuants et gardent dans leur attitude le «zapping» des télé-phages). Il n’y a pas de petits cours de théâtre, il y a , à chaque fois, l’envie de faire partager la passion qui est la vôtre. Vous êtes souvent comme des éclaireurs, vous avancez parfois dans la nuit avec juste cette flamme pour deviner le chemin. Il est ardu mais les ronces ne vous font pas peur. Défricher fait partie de votre job. Déchiffrer aussi. Vous êtes sur le qui-vive...belle expression s'il en est. Vous devez (dé)pister le mot juste, l'attitude juste, l'émotion juste et le temps est court. Vous devez l'arrêter comme pour un flagrant délit : «Oui, c'est ça , c'est exactement ça. Maintenant tu vas le refaire !». Alors vous proposez la reprise : « l'important authéâtre c'est de faire deux fois . C'est ce que disait Antoine Vitez , « la première fois c'est souvent génial » mais le théâtre c'est la reprise, la deuxième fois... » . Vous savez lâcher prise mais vous ne lâchez jamais la reprise.Vous dites au futur comédien : « tu sais le faire et maintenant tu sais que tu sais le faire et c'est un repère pour toi dans ta tête, cela te donne une référence , un critère et maintenant tu peux aller au-delà ! ». Vous savez que le plaisir ne se trouve qu'après avoir passé les difficultés. Vous essayez d'être à la fois rigoureux et ne pas étouffer leur créativité, leur fantaisie. « Il ne faut pas les ensevelir sous des impératifs. Cette créativité se manifestera d'autant plus s'ils peuvent l'exprimer. C'est notre fonction de les voir se révéler. Il y a une vérité intérieure qu'il faut chercher; elle n'est pas tout le temps très spectaculaire mais nous leur apprenons comment la montrer. »
Vous éclairez l’abîme pour cet acteur qui naît et vous lui dites ( à mots couverts) «n’aies pas peur…sens comme tu respires un vent plus frais...». Vous travaillez l’art du présent. L'ici et le maintenant sont vos mots d'ordre et de désordre. Vous ancrez leurs pieds dans le sol et décollez leur esprit . Vous leur faites envisager le vide comme une terre inconnue où ils pourront semer. Vous ne désirez rien à leur place mais vous ébauchez, vous suggérez et puis vous vous écartez pour laisser faire…
Et cela se fera , sans vous peut-être , ailleurs sûrement , avec d’autres, longtemps après. Il peut se passer des choses extraordinaires , « c'est une passion depuis que j'ai huit ans: le théâtre m'a permis de m'ouvrir aux autres : expression du visage, de l'oral; tout est sorti...comme une 2ème vie...», vous en êtes les révélateurs. Vous avez eu la patience et vous avez accueilli leur désir ou juste leur intérêt. « J'étais un peu paumé , je marchais dans l'ombre et d'un coup j'ai vu la lumière du théâtre et je suis rentré …. » A l’intérieur, la lumière du théâtre c’est vous qui l’aviez allumée. Aujourd’hui, la flamme est passée. Elle ne s’éteindra pas puisqu’il y a eu « la joie » à l'origine de cette initiation. Mais soyez vigilants vous les passeurs de flamme(s), si les visages se tendent, si la tristesse envahit le corps, c'est que l'ombre gagne du terrain. Le désert avance, la scène s'ensable. La mer des mots se retire, se pétrifie dans les gorges et les regards se vident. Alors la flamme serait-elle en passe de s'éteindre ? De prendre la fille de l'air...De s'en aller ailleurs ? Où aller chercher le feu, l'origine du feu ? Dans les textes , dans le réel, dans l'échange, le métissage, sur les scènes du monde entier ?
Peu importe au fond... Si , pour vous c'est là que « ça » se joue...Et qu'un jour une petite fille de 7 ans puisse dire, avec un immense sourire : « Le théâtre c’est une activité belle et puis c’est comme une poésie...Le théâtre ça fait quelque chose dans notre tête qui nous apprend plusieurs choses à la fois... »
Brigitte Alter
* Merci à Gaël, Françoise, Michel, Brigitte, Elisabeth, Samuel, Marion, Virginie et Christophe de m'avoir accueilli dans leurs ateliers de théâtre et aux participants d'avoir répondu à mes questions.
nouvel écho de la dernière tournée en Guyane
Un nouvel écho de notre dernière tournée en Guyane
http://webtice.ac-guyane.fr/cha/spip.php?page=album&id_article=174
Un echo de la dernière tournée de la Compagnie en Guyane
"Au théâtre, tout se vit ensemble, rien n'est définitif..."
« Au théâtre , tout se vit ensemble, rien n’est définitif » disait Erik Orsenna à un journaliste en Avignon.
Le théâtre est toujours en chantier. Il est toujours un chantier.
C’est ce qui le rend traversant et traversé, mobile et irrattrapable.
Lorsqu’on assiste à une répétition, le chantier est vraiment là, palpable, les lumières à vérifier, les costumes à retoucher, les accessoires à trouver, les textes à mettre en bouche, les gestes à éviter, d’autres à inventer. Du côté des comédiens, les voix doivent trouver leur registre, les visages leur éclairage, les corps leur espace. C’est comme si tout était encore à agencer , à préciser , à placer. Comme si tout était à faire , à défaire , à refaire, comme si rien n’avait été écrit d’avance. Et pourtant le texte et les partitions sont bien écrites, noir sur blanc, elles ont traversé les siècles, ce sont des livres , c’est du solide…
Ce que l'on voit pendant les travaux sur le chantier que sont les répétitions c'est que les mots dits ne sont plus les mots écrits . Ces derniers sont patients, fragiles et millénaires, sumériens, hiéroglyphiques, ( de Phénicie …aussi ) prêts à tout, au pire et au meilleur, en ordre rangé ou dispersé, révélés ou latents : ils étaient là , ils sont là, ils seront là. Au fond, ils sont aux ordres.
Ceux-là, les mots-dits, habitent d’autres territoires. Ils sont mouvants et réveillent tous les désordres. Quand ils sont lâchés sur la scène, ils peuvent provoquer l’errance et le trouble, les tumultes et les passions; ils peuvent s’emporter et même disparaître. Un mot de théâtre n’est pas un mot écrit. Il a pris corps et il n’appartient plus à la page, il s’en est allé sur la mer houleuse et le grand océan. Il a hissé la grand’ voile a mis le cap sur les 40ème rugissants !
Le mot, les phrases sont elles-mêmes en chantier. Derrière le texte se trame une énigme, se cache un secret. Et pourtant tout paraît si fragile à l’instant de la scène. On se surprend à avoir peur. Personnellement , j’ai toujours eu peur du trou de mémoire pour l’acteur. Je sais , pour avoir entendu certains d’entre eux en parler que le public , souvent, ne s’en rend même pas compte. Il y a comme un brouillage et puis la pièce avance malgré tout. Mais on retient parfois son souffle, l’être est fragile, le comédien aussi. Comme si tout était à la merci d’une phrase tombée trop tôt, d’une posture trouvée trop tard. Comme si tout était un début à tout. Tout le temps, sans répit, sans pause. Le comédien en équilibre sur le fil des mots, avançant grâce au balancier de sa mémoire, pas à pas et le public ,à la fois voyeur et complice, l'attendant au tournant, ne lui faisant aucun cadeau, comme si c'était de marcher en l'air , sans filet... Scène ou arène : où est la bête noire ?
La scène de théâtre est un risque permanent.
C’est aussi le lieu d’une énergie insoupçonnable.
Les répétitions sont des moments électriques chargés d’ions positifs et négatifs. Il y a eu l’autre soir, sur le chantier de « l’amour fou » des instants parfaits où la fragilité avait trouvé son socle et l’harmonie sa partition. Les néons crus, le froid polaire côtoyaient les échelles et les chaises mal fagotées. Le souffle d'un ange est passé sur la scène.
Il y a toujours un moment au théâtre où l’on se trouve juste avant l’origine du monde, juste avant le Grand Chantier.
Et pour ces instants-là, magiques, on a envie de murmurer à l'oreille du temps suspendu :
« viens voir les comédiens, viens voir les musiciens... »
B.ALTER
De la surprise comme (un des) remède(s) à la crise
VOIR la vie d’« un tout petit peu plus haut »
Ou
De la surprise comme (un des) remède(s) à la CRISE
Après cette soirée au Versant ( vin, tapas et poésie du vendredi 14 janvier 2011), j’ai compris un peu plus l’importance du théâtre dans la vie de tous les jours. Comme un antidote à LA CRISE. Monter sur les planches c’est voir la vie d’un tout petit peu plus haut. Regarder , écouter ceux qui nous donnent à voir la vie d’un tout petit peu plus haut , c’est réapprendre à respirer. Et respirer amplement. Rire, respirer, prendre de la hauteur, tout cela donne de l’oxygène au cerveau et l’oxygène neuf circulant de nouveau dans notre matière grise , la colore, la détend et puis, donne à penser différemment. Rire n’est surtout pas obscène ( du latin obscenus : de mauvaise augure). Rire est de bon augure en ces temps vaseux où l’avenir s’accroche aux prédictions du CAC 40…Être tiré vers le haut. Vous savez, ce « tout petit peu plus haut » ressemble à ce pas de côté que tous les psy (chologues) et les phi (losophes) proposent à chacun pour sortir individuellement de la « crise », existentielle et matérielle (parfois les deux).
« Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux » * Et puis il y a l’improvisation. Pour avoir participé (en amatrice) à des matches d’impro ( ou du travail d’impro) , je sais que ce travail sans filet, s’apparente parfois à la chute libre pour un parachutiste , une rasade d’oxygène et trois d’adrénaline ( pour le coup la prise de risque y est , la hauteur aussi ) mais il faut retomber sur ses pattes et sur les planches, le fil ne devant pas être cassé. Au moment de l’impro’ théâtrale, il y a les acteurs qui montent sur scène et, avec eux, la surprise. On ne dira jamais assez de bien de la surprise. En cette période de vœux, je souhaite souvent pour l’année à venir, de bonnes surprises…Mais attention, il faut savoir être surpris, le théâtre nous donne quelques indices pour emprunter ce chemin… Attention la surprise n’est pas la sidération. Le corps n’est pas tétanisé, anesthésié. Il est prêt à l’ouverture. Léger et concentré, capable d’être dérangé.
- Je ne voudrais pas vous déranger…
- Mais si, dérangez-moi, étonnez-moi, surprenez-moi… !!!
Le théâtre nous dérange, il exagère. ET EXAGERER C’EST VIVRE.
Vous savez quoi ? Le théâtre dans ces temps incertains est un peu comme ces médicaments à « libération prolongée » qui libèrent leur principe actif tout au long de la journée. Oui, je sais la comparaison pharmaceutique va vous chagriner mais c’est le mot libération qui m’intéresse. Et croyez-moi retrouver le goût du rire, de la surprise, s’en revenir chez soi le cœur léger, avoir pris de la hauteur, respirer un air différent c’est sortir de l’ordinaire et sortir à l’air…, libres.
Brigitte ALTER
* René Char ( extrait de Chants de la Balandrane, Gallimard, Blanche, 1976)
Au diable la nostalgie
J'aime les carnets: carnets longs et étroits, carnets à spirales, cahiers d'écoliers quadrillés, cahiers à interligne pour enfants qui apprennent à écrire.
Je relis certains passages:
"J'ai abandonné ma vieille voiture;( avec un petit pincement de nostalgie car elle était associée à de doux épisodes de ma vie.) Lorsqu'il pleuvait elle se transformait en voiture-baignoire. Le passager à côté de moi était obligé de lever les pieds.
Lorsque l'eau était écopée, épongée; l'humidité et quelques graines ayant atterri là par hasard, ces graines-là germaient. Apparaissaient alors quelques herbes,plantes diverses. Ma voiture se transformaient alors en jardin.
Un jour, de l'eau jusqu'au coude, j'ai perdu patience. J'ai abandonné ma vieille voiture .Au diable la nostalgie, j'ai acheté un véhicule banal certes, mais qui me permet d'affronter les intempéries."
Morale de l'histoire: pour aller de l'avant une baignoire et un jardin ne suffisent pas. F.D.

