Me reviennent en mémoire nos débuts.

J'avais lu dans une revue littéraire, un article parlant de Paul Gadenne. Il avait écrit une seule pièce de théâtre: "Michael Kohlhaas" d'après l'oeuvre de Kleist. Cette pièce jamais publiée était entre les mains de sa veuve, Yvonne Gadenne qui vivait à Agen.

Plein d'enthousiasme, nous prenons la route, Gaël et moi et rencontrons une femme emplie de dévotion pour son écrivain de mari. Elle nous parle de lui, de son ardeur à écrire, de sa maladie et nous confie le manuscrit. Nous aurions trouvé un trésor, nous n'aurions pas été plus heureux.

S'ensuivent les répétitions, les longues heures de répétition, les difficultés pour trouver un lieu pour répéter, le manque d'argent, pas de subvention. Qui peut imaginer le courage, la ténacité qu'il nous fallait pour aller jusqu'au bout, et aussi la passion pour que ce projet se concrétise et qu'arrive enfin la représentation.

Et qu'est-il arrivé le jour de la représentation? Des critiques sur des costumes trop effrangés (nous avions voulu nous inspirer de peintures de maîtres anciens), des faiblesses de distribution et d'interprétation.Ah, des conseils nous en avons entendus et de faux appitoiements, d'hypocrites inquiétudes pour savoir si nous arivions à "faire bouillir la marmite"! Il fallait que le produit que nous donnions à voir soit bien ficelé, bref professionnel. Un seul petit mot d'encouragement nous aurait réchauffé le coeur pourtant.

                                                      

Décors : Evelyne HérissonGaël Rabas

Françoise Dorgambide et Gaël Rabas

 

Nous aurions pu objecter que la représentation avait été faite dans de mauvaises conditions, dans un gymnase peu adapté, où les annonces dans un haut-parleur commentant un match de rugby à quelques pas de là n'étaient pas faites pour aider les comédiens. Nous n'avons rien répondu: meurtris mais dignes.

Et voilà que Jean-Jacques Samary, journaliste à "Libération" écrit un article. Ce fut un réconfort, quelqu'un saluait notre tentative et nous faisait la grâce de ne pas nous prendre pour des imbéciles n'ayant aucune conscience du travail à accomplir.  

Françoise Dorgambide - janvier 2017

 

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